le Mausolée des Rabbanim vu depuis l'intérieur du Monument aux Morts -photo JPD 2007-
Situé en bordure de l'allée principale du cimetière, le mausolée abrite les deux illustres rabbins espagnols Ribach et Rachbats, refondateurs de la communauté juive d'Alger au 14è siècle.
Ribach et Rachbats ont relevé et réorganisé la communauté d'Alger. Ils ont construit des écoles, édicté des lois, combattu les dérives. Leur détermination et leur rigueur ont fait d'Alger en quelques années un centre religieux influent et le rite d'Alger devint la référence pour tous les Juifs d'Afrique du Nord.
Ces deux « Grands Luminaires » comme les nommait le Rabbin Judas Ayache ont éclairé la route de leurs successeurs qui ont poursuivi leur œuvre dans le plus strict respect de leur enseignement.
• Rabbi Isaac Bar Chechet Perfet dit Ribach
• Rabbi Simon Ben Tsemah Duran dit Rachbats
• L'ancien cimetière juif de la Porte Bab-el-Oued
• Le transfert des Rabbanim
• Galerie de photos
Rabbi Isaac Bar Chechet Perfet dit Ribach (Barcelone ou Valence 1326 - Alger 1408)
Son patronyme Perfet ou Préfect vient de la fonction qu'exerçait son arrière grand-père, le rabbin Chéchat, qui était préfet de justice (bailli) du Prince de Catalogne.
stèle de Ribach |
tombe de Ribach |
Sources :
Simon Darmon, Le Livre de nos Coutumes selon Ribach, Rachbats, Rachbach et R. Yehouda Ayache, Jerusalem 1995
Henri Chemouilli et R. Abraham Fingerhut, Rabbi Isaac bar Chechet Barfat Ribach et Rabbi Simon ben Tzemach Duran Rachbatz, Information Juive juillet-août 1952
Rabbi Simon Ben Tsemah Duran dit Rachbats (Palma de Majorque 1361 - Alger 1444)
Simon Ben Tsemah Duran est issu d'une ancienne famille provençale, célèbre pour son érudition et ses soferim (scribes), qui s'établit à Majorque en 1306. Il eut pour maîtres Rabbi Ephraïm Vidal à Majorque, et Jonas Demestre à Teruel. Il épousa Bongoda, la fille de ce dernier. Grand érudit, versé dans les mathématiques, l'astronomie, la logique, l'histoire, la grammaire, les langues et la philosophie, il était chirurgien à Palma lorsqu'il dut s'enfuir à Alger en 1391 pour échapper au massacre des Juifs de Majorque. Remarqué par Ribach dès son arrivée, il fut intégré au rabbinat, au beth midrach (la maison d'études) et au beth din (le tribunal rabbinique).
stèle de Rachbats |
tombe de Rachbats |
Rachbats est l'auteur de quatorze ouvrages dont la plupart ont été imprimés.
Il est surtout connu pour ses décisions rabbiniques : ses 802 responsa, les réponses qu'il a apportées aux nombreuses questions qui lui ont été posées sur l’observance de la loi, constituent le Tachbets (Techouvot Chimon Ben Tsemah), publié pour la première fois en 1735 ou 1738 à Amsterdam par Meïr Crescas à partir du manuscrit de 1418. Le Tachbets a été réédité à Amsterdam en 1741, puis à Lemberg en 1891, et à Jérusalem en 1960.
Rachbats a aussi écrit plusieurs ouvrages philosophiques dont le plus connu est le Magen Abot (Bouclier des Pères) qui est en quatre parties: les trois premières traitant chacune d'un des Principes du Judaïsme ont été imprimées à Livourne en 1785 et récemment reproduites à Jérusalem; le quatrième est un commentaire sur les Pirqé Abot (le Traité des Pères, recueil des sentences des sages d'Israël qui succédèrent aux prophètes de l'époque biblique) imprimé à Livourne en 1763.
Son fils Salomon (Alger 1400 - Alger 1468) dit Rachbach, aussi brillant que lui, lui succéda. Rachbach eut trois fils (Aaron, Tsemah et Simon) rabbins eux aussi, qui se partagèrent les tâches de la communauté à sa mort. La dynastie des rabbins issus de la famille Duran se poursuivit jusqu'au début du XXe siècle et tous les Duran ont reçu le titre de החשוב (honorable).
Sources :
Isidore Epstein, The Responsa of Rabbi Simon B.Zemah Duran as a source of the History of the Jews in North Africa, London 1930
Simon Darmon, Le Livre de nos Coutumes selon Ribach, Rachbats, Rachbach et R. Yehouda Ayache, Jerusalem 1995
Henri Chemouilli et R. Abraham Fingerhut, Rabbi Isaac bar Chechet Barfat Ribach et Rabbi Simon ben Tzemach Duran Rachbatz, Information Juive juillet-août 1952
L'ancien cimetière juif de la porte Bab-el-Oued
Ribach et Rachbats avaient été enterrés dans le premier cimetière juif d'Alger connu. Il était situé hors de l'ancienne porte Bab-el-Oued après le cimetière musulman, entre le square Guillemin et l'ancienne gare de Bab-el-Oued.
Isaac Bloch a établi que ce cimetière de 1,5 hectares avait été ouvert par des Juifs majorquins expulsés par Alphonse d'Aragon après la conquête des Baléares en 1287.
Il fut utilisé jusqu'en 1691, date de l'acquisition d'un terrain contigu qui deviendra le cimetière du Midrach.
Couvert de tombes, ce premier cimetière a été conservé jusqu'en 1844 lorsque fut décidée la construction des nouvelles fortifications d'Alger. Le cimetière fut exproprié le 11 mars 1844 et les exhumations durent commencer. Mais les tombes de Ribach et Rachbats échappèrent à la profanation : on raconte que l'Administration les avait laissées à leur place car les pioches ne pouvaient pas entamer la terre devenue plus dure que le marbre. La tombe de Ribach fut recouverte par les glacis de la fortification et celle de Rachbats par le remblai du nouveau mur d'enceinte.
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mausolée de Ribach (tableau A.Levy) |
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inscriptions étudiées par Abraham Cahen |
En 1862 on construisit un petit édifice pour abriter la tombe de Ribach et on y indiqua la date de sa mort, 1442 comme on le croyait à l'époque. En 1865 le rabbin Abraham Cahen démontra que cette date était erronée. Peu après, le Consistoire la remplaça par celle de 1408 que l'on venait de découvrir dans un manuscrit.
Le 24 août 1866 une plaque de marbre fut apposée en vis à vis du monument de Ribach, sur la partie du mur d'enceinte qui recouvrait la tombe de Rachbats. Elle indiquait l'année de sa mort, 1444.
Sources :
Isaac Bloch (Grand Rabbin d’Alger), Inscriptions Tumulaires des Anciens Cimetières Israélites d’Alger, Paris 1888, réédité par le Cercle de Généalogie Juive, Paris 2008
Isaac Morali, Documents personnels, collection Daniel Morali
Abraham Cahen (Grand Rabbin de Constantine), Archives Israélites, 1865
En 1896 de nouveaux travaux d'aménagement décidés par les autorités provoquèrent l'indignation des Juifs d'Alger. Cette période douloureuse est connue notamment par les écrits de Moïse Weil alors Grand Rabbin d'Alger qui relate les scènes de profanation ayant accompagné les travaux, malgré les protestations de la communauté. Le déplacement des vénérés Rabbins devint nécessaire.
L'exhumation des Rabbanim se fit sans toucher à leurs restes grâce à l'ingéniosité de l'architecte Isaac Soucy. Celui-ci fit retirer les pierres tumulaires puis procéder au creusement de larges et profondes tranchées autour des tombeaux, au placement de madriers et de cercles de fer sous les tombeaux puis au coulage d'une légère couche de ciment pour empêcher l'effritement de la terre. Une grue puissante a alors enlevé tout le bloc ainsi constitué d'un seul coup. Toute la population juive d'Alger suivit le convoi qui conduisit les Rabbanim au cimetière israélite de Saint-Eugène où une fosse correspondant au volume du bloc funéraire enlevé les recueillit. Depuis 1909 le nouveau mausolée érigé au-dessus de cette fosse les abrite. La plaque de marbre qui était apposée sur le mur d'enceinte d'Alger recouvre aujourd'hui la tombe de Rachbats.
Sources :
Paul B. Fenton, Almanach du KKL 5756-1996, cité par le site du judaïsme alsacien à l'adresse :
http://judaisme.sdv.fr/histoire/rabbins/mweil/mweil.htm#rt1
Simon Darmon, Contes et Récits des Juifs d'Algérie, Paris 2007
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les tombes de Ribach et Rachbats
-photo JPD 2007-